Quatre-vingt-six artistes de milieux et de pratiques différents (art contemporain, art urbain, net-art, design, architecture, graphisme, littérature, poésie, son, théâtre...) signent cette pétition intitulé « Téléchargez-moi », désormais ouverte à tous sur le site d’Internet mon amour.
Ce texte exige du gouvernement qu’il revoie sa copie en matière de « riposte graduée. » Concrètement, cette expression désigne une politique fondée sur la surveillance généralisée des réseaux et sur la mise en place d’une politique d’exclusion des internautes via leurs fournisseurs d’accès en cas de comportement contraire à la loi, c’est-à-dire en cas de téléchargement illégal de fichiers musicaux ou de films.
L’appel
Le projet de loi « Création et Internet » nous préoccupe. Il est en total décalage avec notre réalité, bien loin de la « Création » et encore plus de cet « Internet » dont il prétend réguler les pratiques. Cela dit, il semble très naturel qu’une communauté de cinéastes « défendent cette loi sans réserve » et se fendent d’une tribune intitulée « Culture ne rime pas avec gratuité » dans le Monde du 8 juillet. Comme il semble naturel que l’enjeu industriel soit au coeur de cette loi.
Sauf que. Depuis les débuts du World Wide Web, nous nous sommes pris au jeu de cette mutation et existons 1.0, 2.0, et demain 3.0. Nous sommes les créateurs de demain, sans prétention aucune. Très sérieusement et depuis longtemps, nous nous posons la question du droit d’auteur, celle de la diffusion des oeuvres sur les réseaux et de leur réception. Tout comme nous nous posons la question de l’économie de la création, sur l’Internet et ailleurs.
Ce projet de loi est contraire à nos pratiques, tout comme il est extrêmement méprisant des usages et totalement ignorant d’un monde simplement contemporain.
Nous souhaitons qu’un projet de loi intitulé « Création et Internet » prenne en compte nos processus de création. C’est un droit.
Nous désirons partager et être téléchargés, sans filtrage aucun. C’est une nécessité.
Nous espérons que le principe démocratique selon lequel l’oeuvre existe ou n’existe pas au travers du regard de l’autre s’applique à cette multiplicité que d’autres nomment « piratage. » C’est une revendication.
L’auteur, le créateur, le spectateur, a muté. L’oeuvre est regardée, écoutée, partagée, comme jamais auparavant. Et c’est pourquoi créateurs et regardeurs ne peuvent être filtrés par une loi obsolète et crétine. Une loi qui asphyxie la « Création » et « l’Internet. »